La statue d'André-Marie AMPÈRE

MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.

MESSIEURS,

Il est dans l'histoire des sciences, des noms dont l'éclat va grandissant avec les années, à mesure que les générations comprennent davantage la grandeur et la fécondité des œuvres auxquelles ces noms sont attachés.

André-Marie Ampère est de ceux-là.

Né à Lyon, le 22 janvier 1775, votre illustre compatriote montra de bonne heure une intelligence merveilleuse jointe à une prodigieuse mémoire, il apprit tout de lui-même.      

 Son père, qui devait périr victime des passions sanguinaires de l'époque, témoin de son ardeur pour l'étude, empressé à la satisfaire, avait deviné son génie : « Quant à mon fils, il n'y a rien que je n'attende de lui », écrivait-il la veille de sa mort,-dans ses derniers adieux à sa femme, le 24 novembre 1793. L'avenir justifia cette clairvoyance paternelle.

C'est vers les mathématiques […] qu'Ampère tourna d'abord sa vive intelligence ; son premier travail : Considération sur la théorie mathématique du jeu, qui renferme la solution d'un problème difficile de calcul des probabilités, porte déjà l'empreinte d'un esprit vigoureux et profond. C'est pourtant au milieu des préoccupations les plus douloureuses d'avenir et de famille qu'il le composa, à Bourg, à l'École centrale du département de l'Ain, où il fut professeur de physique en 1802 et en 18o3. Ce premier mémoire attira vivement l'attention de Delambre, chargé avec Villar de recruter le personnel enseignant des Lycées qu'on allait créer. […]

On le nomma professeur de mathématiques au lycée de Lyon. Ampère était au comble de ses vœux, il pouvait revenir auprès de son jeune enfant, Jean-Jacques, qui devait être plus tard le spirituel académicien, et de sa femme dont la santé déclinait chaque jour. Il revint donc plein d'espérance, mais son bonheur ne fut pas de longue durée : la mort lui ravit celle qu'il chérissait tant et le plongea dans un désespoir profond. Le séjour de Lyon qu'il avait si ardemment désiré, lui devint insupportable : il voulut le quitter pour fuir de tristes souvenirs et chercher ailleurs l'aliment d'une imagination ardente et toujours inquiète. Heureusement ses protecteurs, Lalande, Delambre et Laplace, le firent appeler à Paris comme répétiteur d'analyse à l'École polytechnique. Là, partageant son temps entre les philosophes et les mathématiciens, il reprit goût peu à peu à ses travaux et conquit bientôt l'estime du monde savant par la profondeur de ses vues, la richesse et la variété de ses conceptions. […]

 Dans les premiers jours du mois de septembre 1820, l'Académie des sciences apprenait le fait le plus curieux qu'on eût découvert en électricité depuis les travaux de Galvani et de Volta : un physicien danois, Oersted, avait trouvé que le fil [conducteur reliant les]  pôles d'une pile voltaïque agissait sur une aiguille aimantée […] Quelques jours après, Ampère vient compléter cette belle découverte en précisant toutes les conditions de l'expérience : le premier, il déduit le courant électrique, lui donne une direction […] L'électromagnétisme était constitué. […]

Désormais Ampère applique toute la puissance de son esprit à l'étude de l'électromagnétisme : à chaque séance de l'Académie il apporte des découvertes nouvelles : la sagacité du physicien n'a d'égale que sa fécondité. […]Ampère découvre en même temps la forme à donner à ces conducteurs pour reproduire le plus fidèlement possible les propriétés des aimants : c'est le cylindre électrodynamique, ou solénoïde, qu'on réalise en pliant un fil métallique en hélice à spires serrées. Traversée par un courant, l'hélice présente à ses deux extrémités des pôles de noms contraires; suspendue librement, elle marque le nord comme une boussole, et tant que le courant l'anime, rien ne la distingue d'un véritable aimant […]

L'électro-aimant était inventé ! Nulle invention, depuis celle de l'imprimerie, n'eut plus d'influence dans le monde que celle de l'électro-aimant. C'est lui l'organe essentiel de toutes les applications électriques; c'est par lui que tous les progrès ont été accomplis. Si l'électricité est la messagère rapide et fidèle de la société moderne, si cet agent mystérieux rend les services les plus extraordinaires et les plus variés par le télégraphe, le téléphone, par ces machines puissantes qui semblent avoir enchaîné la foudre, si d'un bout du monde à l'autre nous pouvons transmettre la pensée, la parole même, ainsi que la lumière et la force, c'est à l'électro-aimant, c'est en définitive au solénoïde d'Ampère que nous le devons, car il est là, partout où s'accomplit l'un de ces prodiges ! […]

 Lorsque Arago, voulant peindre l'admiration qu'il ressentait pour l'œuvre de son ami, s'écriait devant l'Académie des sciences : « On dit les lois de Kepler, on dira les lois d'Ampère », il entrevoyait le jugement de la postérité. Mais le témoignage suprême d'admiration lui est venu de l'étranger, de la patrie de Davy et de Faraday ; un illustre savant anglais, Maxwell, a osé dire : Ampère est le Newton de l'électricité !

Le nom de notre grand physicien méritait donc à tous égards de devenir populaire; il l'est devenu, en effet, depuis le jour où, par un hommage délicat à la mémoire des grands hommes qui ont le plus contribué au progrès de la science électrique, Volta, Ohm, Ampère, Faraday, Coulomb, les électriciens de tous les pays, réunis en Congrès, ont décidé que ces noms serviraient à désigner les unités diverses ; et depuis, dans le monde entier, le nom d'Ampère, synonyme d'unité de courant, est prononcé par des milliers de bouches dans les laboratoires des savants et jusque dans les plus modestes ateliers.[…]

Enfin, serait-il juste de laisser dans l'ombre ses mémoires d'histoire naturelle, ses travaux sur la philosophie des sciences et sa classification des connaissances humaines ? Qu'il suffise ici d'avoir nommé ces nouveaux titres à l'admiration des hommes et qu'il soit permis de proclamer que tour à tour géomètre, physicien, chimiste, naturaliste, philosophe, Ampère a laissé une trace immortelle partout où il a appliqué les efforts de son puissant esprit. Ce profond penseur, ce génie universel, le plus souvent absorbé dans ses méditations et planant si haut au-dessus des misères terrestres, aurait eu le droit de porter avec orgueil l'éclat de son immense savoir et la gloire de ses découvertes incomparables ; il fut au contraire modeste, timide jusqu'à la gaucherie, bon et affectueux comme les âmes simples, et, comme elles, subit toutes les vicissitudes humaines.

 Après la mort affreuse de son père, qui plongea sa jeunesse dans un désespoir où sa belle intelligence parut sombrer un instant, il revint peu à peu à la vie pour s'épanouir bientôt dans des rêves de poésie et de tendresse. Lui-même a tracé jour par jour, sur des pages à demi-couvertes d'algèbre, le récit naïf des émotions de son cœur de vingt ans, idylle charmante couronnée en août 1799 par son mariage avec Mlle Julie Carron. Le même charme de tendresse et de dévouement se retrouve dans les lettres qu'il écrivait à sa femme presque mourante et restée à Lyon avec son fils Jean-Jacques. Le cœur se serre à la lecture de ces pages touchantes, en voyant celui qui devait être le grand Ampère obligé de s'exiler à Bourg et de consumer misérablement les plus belles années de sa jeunesse pour gagner le pain quotidien de deux êtres chéris; après cette douloureuse épreuve, quand le bonheur semblait lui sourire, survint en juillet 18o3 la mort de celle qu'il avait tant aimée ; puis une nostalgie profonde, après son départ de Lyon ; les déchirements d'une seconde union dans laquelle il avait été engagé en 1807 ; les angoisses d'une âme ardente, passionnée pour l'absolu, cherchant tour à tour dans la théologie et la métaphysique un repos qui le fuyait sans cesse ; enfin, à toutes ces inquiétudes s'ajouta celle d'une santé altérée ; un séjour de quelques mois dans le Midi parut  lui rendre les forces, mais ce fut pour peu d'années ; il reprit, non sans de lugubres pressentiments, ses tournées d'inspection générale et s'éteignit à Marseille le 10 juin 1836. […]

En élevant une statue à André-Marie Ampère, l'un de ses plus glorieux enfants, la ville de Lyon, déjà au premier rang par l’intelligence et le travail, donne le plus beau témoignage de ses aspirations généreuses et montre quel prix elle attache à la part qui lui appartient dans le patrimoine de nos gloires nationales.

Compléments :

1888 : Le Lycée de Lyon est baptisé Lycée AMPÈRE en mémoire d'André Marie Ampère, savant et philosophe qui enseigna au début du siècle et à qui l'on doit la théorie de l' électromagnétisme, le galvanomètre et  l'électroaimant.
1904-1908 : Le Lycée AMPÈRE crée une annexe Avenue de Saxe (1904) ainsi qu'à Perrache (1908) (annexe Catelin du collège Jean MONNET).

8 mars 1944 : la statue d’Ampère est déboulonnée par les Allemands qui occupaient la France. Ils voulaient la fondre pour récupérer les métaux qu’elle contenait. Elle fut retrouvée dans un entrepot après la libération de la ville de Lyon qui eut lieu quelques mois après. Elle reprit sa place fin 1944.

Etude du discours

Nature du document

 

1)      Quel est le titre de ce texte ?

 

Le titre est « inauguration de la statue d’André Marie AMPÈRE ».

 

2)      Quel personnage le lit ?

 

Il s’agit de M. CORNU, membre de l’académie des sciences.

 

3)      A quelle occasion et à quelle date ce texte est-il lu?

 

Ce texte est lu pour l’inauguration de la statue d’André Marie AMPÈRE le 8 octobre 1888.

 

Éléments biographiques d’André Marie AMPÈRE

 

1)      Quand et où est né André Marie AMPÈRE ?

 

Il est né à Lyon le 22 janvier 1775.

 

2)      Quand est mort son père ?

 

Son père est mort le 25 novembre 1793.

 

3)      WEB Comment est-il décédé ?

 

Il a été guillotiné.

 

4)      En quelle année André Marie AMPÈRE s’est-il marié pour la première fois ?

 

Il se marie la première fois en aout 1799.

 

5)      En quelle année est décédée sa première femme ?

 

Elle décède en juillet 1803.

 

6)      Quand André Marie AMPÈRE est-il décédé ? dans quelle ville ?

 

André Marie AMPÈRE est décédé à Marseille le 10 juin 1836.

 

Découvertes scientifiques

 

1)      Ligne 31 : De quelle découverte importante faite par Volta parle-t-on ?

 

Volta invente la première pile électrique.

 

2)      Qu’a découvert le danois Œrsted ?

 

Œrsted, avait trouvé que le fil [conducteur reliant les]  pôles d'une pile voltaïque agissait sur une aiguille aimantée

 

3)      Qu’en a déduit André Marie AMPÈRE ?

 

AMPÈRE en déduit que le courant électrique existe et il choisit son sens.

 

4)      Qu’est-ce qu’un électroaimant ? qui l’a inventé ?

 

Un électroaimant est une bobine de fil de cuivre parcouru par un courant électrique. C’est une invention d’AMPÈRE.

 

5)      Ligne 51 : A quel physicien est comparé AMPÈRE?

 

Il est comparé à Newton.

 

6)      WEB Qu’a découvert ce physicien célèbre ?

 

Isaac NEWTON a découvert que la lumière blanche était composée de plusieurs lumières colorées. Il a découvert les lois de la gravitation ainsi que les lois des mouvements.

 

7)      AMPÈRE a étudié d’autres domaines que la physique. Lesquels ?

 

AMPÈRE a étudié les mathématiques, la géométrie, la chimie, la philosophie, les sciences naturelles (SVT), la théologie et la métaphysique.

 

Hommages rendus à André Marie AMPÈRE

 

1)      Comment les physiciens du monde entier ont-ils rendu hommage à AMPÈRE ?

 

Ils ont appelé ampère le nom de l’unité de l’intensité électrique.

 

2)      Quels sont les trois hommages rendus par la ville de LYON ?

 

La ville de Lyon a renommé le lycée de Lyon,  le lycée AMPÈRE, elle a érigé une statue d’ampère sur la place du même nom.

 

3)      Quel personnage très important de la république était présent lors de l’inauguration de la statue d’AMPÈRE?

 

Ce personnage est le président de la république.

 

4)      WEB Quel est était son nom et son prénom ?

 

Il s’agit de Sadi CARNOT.

 

5)      AMPÈRE a-t-il enseigné au Lycée AMPÈRE ?

 

Oui il a enseigné dans ce lycée qui s’appelait à l’époque le lycée de Lyon.

 

6)      AMPÈRE a-t-il enseigné sur le site CATELIN du collège Jean MONNET ?

 

Non car le site Catelin de notre collège a été attribué au lycée AMPÈRE en 1908.